Bonsoir,
Depuis un moment je réfléchis à une sorte de paradoxe qu'il y a dans le paganisme actuel. Les anciens germano-scandinaves étaient très liés au concept de "clan" de "famille" et étaient également plutôt bien impliqués dans la vie sociale de la communauté. D'ailleurs la communauté était le cœur même de leur mode de vie.
Aujourd'hui (de ce que j'ai pu observer) la majorité des néo-païens sont des personnes plutôt en marge de la société... Ça part s'isoler en nature, ça veut se couper du monde, ça fuit la civilisation etc... J'ai remarqué que le paganisme a tendance à réunir les personnes qui se sentent en quelque sorte exclu de la société ou du moins qui ne se retrouvent pas dans celle-ci.
Pourtant, l'une des valeurs du paganisme germano-scandinave était justement l'ancrage au sein de la communauté, jusqu'à perdre son identité si l'on était exclu de celle-ci.
Du coup, on pourrait penser qu'être "un bon païen" passerait par le fait d'être actif au sein de la société et d'y être bien ancré. Mais la société actuelle n'est plus du tout adaptée à notre religion germano-scandinave et peut parfois même être un obstacle à la pratique de notre religion.
Alors comment se positionner là-dessus ?
De votre côté, qu'en pensez-vous ?
Paradoxe : paganisme / société ?
- Ašasraoša Kadagaeθya
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Re: Paradoxe : paganisme / société ?
Salut ! Tu soulignes des points intéressants. Je vais te donner mon point de vue, n'engageant que moi. Je ne sais pas si les (néo-) païens sont en marge de la société (bien que minoritaires spirituellement en effet) ; certains me semblent très bien intégrés, mais...Je pense que cela provient d'une forme de sensibilité différente. Face au vide spirituel occident, qu'a provoqué le matérialisme dans une société laïque, et face à l'abandon (voire au rejet) de la religion dominante jusque là, beaucoup (peut-être pas majoritaires) partent à la recherche de quelque chose qui fait sens, ce qui crée aussi un appel d'air pour des choses comme "la religion du bien-être" (et le développemt personnel qui s'inspire de spiritualités diverses) avec une connotation assez consumériste, voire des stages (payants) de chamanisme/ayahuasca/etc...Bon, çà c'est pour le côté le moins reluisant de cette recherche de spiritualité et de sens. Divers besoins nous amènent à nous diriger vers les paganismes : quête de sens,...
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Re: Paradoxe : paganisme / société ?
...recherche d'ancrage, quête identitaire (sans forcément de connotation négative), etc...Les divers exodes ruraux ont aussi contribué à une destruction du "tissu culturel traditionnel", l'individualisme de notre société a achevé le reste du travail. En effet, c'est assez paradoxal à notre époque de vouloir faire revivre ces cultes, c'est quelque part une utopie. Je pense que par exemple avec l'asso, nous constituons une forme de "micro-société", l'aspect communautaire est important (même si certains, en dehors et dans celle-ci, ne participent pas aux rassemblements), de personnes partageant des valeurs communes. Ceci toutes proportions gardées, nous ne sommes pas un village, et nous n'avons pas l'intention d'en créer un. ^^ Mais ces moments collectifs, rituels et "post-rituels" sont précieux - ils permettent de tisser des liens, de les resserrer, il y a un aspect "cadrant" qui fait fortement sens pour moi. Donc le paganisme réunit des gens en quête d'un "ailleurs" ou d'un "autrement".
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Re: Paradoxe : paganisme / société ?
Pour le côté culte domestique, certains vont essayer de transmettre ces traditions (reconstruites). Cela n'empêche pas d'essayer d'appliquer, dans la mesure du possible, nos valeurs dans nos relations avec le reste de la société, mais cela reste effectivement compliqué à partager. Peut-être est-ce plus admissible dans d'autres pays que la France (je pense aux Pays-Bas, où a eu lieu en novembre dernier une cérémonie pour Nehalennia, dans son temple [reconstruit] situé dans la région du Twente, et pour laquelle pas mal de monde s'était réuni) ? Le fait que certains veuillent s'isoler en nature (j'en fais partie
) est compréhensible dans un monde à l'environnement fortement artificialisé, voire stressant ; une erreur fréquente est peut-être de croire que les paganismes sont des "religions de la nature", avec une exarcerbation du côté "bon sauvage". Certes les éléments naturels (lieux, animaux par exemple) ont une forte importance (je pense aux cultes des pierres, arbres, fontaines, rivières, et...
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Re: Paradoxe : paganisme / société ?
...et les génies/dieux qui y sont souvent associés (nains, alfes, nymphes, etc...). Bref, j'espère répondre à ta question.
- Ašasraoša Kadagaeθya
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Re: Paradoxe : paganisme / société ?
Merci pour ta réponse.
Je trouve que tu abordes du coup un deuxième paradoxe, celui de la spiritualité. De mon point de vue, la spiritualité est quelque chose de très individualiste, car on recherche du sens à notre vie surtout pour rassurer notre ego. Tandis que la religion (du moins le paganisme) est quelque chose de plus codifié qui nous permet de nous offrir aux autres et au sacré.
J'ai d'ailleurs l'impression que les personnes qui souhaitent s'écarter de la société actuelle par le biais de la nature ou de la spiritualité sont eux même très emprunt d'individualisme. Car comme tu le disais, la plupart sont en quête de sens, d'un ailleurs, d'un ancrage... Pour moi il s'agit d'une quête de soi-même, de l'ego... Tandis que la religion païenne (tout paganisme indo-européen confondu) est à mon sens plutôt une quête de "Que puis-je offrir au monde, et comment puis m'intégrer au monde, par le sacré ?"
Les associations peuvent en effet être perçues comme des micro-communautés, bien que, pour connaître le milieu, je trouve que ces micro-communautés n'en ont que l'apparence. Chacun est là pour "se trouver" au lieu de trouver les autres. Chacun est là pour se faire des liens qui leur apporte du réconfort au lieu de donner un lien aux autres pour le confort de l'ensemble de la communauté.
De façon plus large du coup, je pense qu'il faudrait peut-être essayer d'être ancré dans la société tout en partageant des valeurs païennes. Sans forcément parler de rite. Mais juste de savoir-vivre et de philosophie... et peu à peu, de coutumes... Mais c'est généralement plus facile à dire qu'à faire ^^
Je trouve que tu abordes du coup un deuxième paradoxe, celui de la spiritualité. De mon point de vue, la spiritualité est quelque chose de très individualiste, car on recherche du sens à notre vie surtout pour rassurer notre ego. Tandis que la religion (du moins le paganisme) est quelque chose de plus codifié qui nous permet de nous offrir aux autres et au sacré.
J'ai d'ailleurs l'impression que les personnes qui souhaitent s'écarter de la société actuelle par le biais de la nature ou de la spiritualité sont eux même très emprunt d'individualisme. Car comme tu le disais, la plupart sont en quête de sens, d'un ailleurs, d'un ancrage... Pour moi il s'agit d'une quête de soi-même, de l'ego... Tandis que la religion païenne (tout paganisme indo-européen confondu) est à mon sens plutôt une quête de "Que puis-je offrir au monde, et comment puis m'intégrer au monde, par le sacré ?"
Les associations peuvent en effet être perçues comme des micro-communautés, bien que, pour connaître le milieu, je trouve que ces micro-communautés n'en ont que l'apparence. Chacun est là pour "se trouver" au lieu de trouver les autres. Chacun est là pour se faire des liens qui leur apporte du réconfort au lieu de donner un lien aux autres pour le confort de l'ensemble de la communauté.
De façon plus large du coup, je pense qu'il faudrait peut-être essayer d'être ancré dans la société tout en partageant des valeurs païennes. Sans forcément parler de rite. Mais juste de savoir-vivre et de philosophie... et peu à peu, de coutumes... Mais c'est généralement plus facile à dire qu'à faire ^^
- Widukind23
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Re: Paradoxe : paganisme / société ?
C'est en effet un autre paradoxe - je pense que cela est du à la manière moderne dont la spiritualité est envisagée, comme une espèce de quête intérieure, en effet assez individualiste au final, avec une tendance à rejeter le côté collectif ( pas toujours ) et que c'est une conséquence de notre société qui pousse l'individu à rechercher une forme de "liberté" - notamment le côté "à la carte" ( où cela peut aussi finir en gloubi-boulga ).
Il y a un truc aussi, c'est que pour beaucoup d'entre nous, l'entrée dans ces milieux s'est faite de manière individuelle, c'est quelque chose qui reste compliqué à partager avec le commun des mortels, notamment avec sa famille ( difficile de "sortir du placard" ! ) ; d'où deux possibilités, soit continuer à faire sa popotte dans son coin, soit rejoindre une asso/un groupe.
Quand j'écrivais "cadrant" au sujet des rites dans mes réponses précédentes, je suggérais aussi que ces moments permettent de raviver non seulement notre lien ( en tant qu'individu et/ou en tant que groupe ) avec le sacré/divin et le monde, mais aussi ( comme je le disais plus bas ) à raffermir et réactualiser les liens entre les membres de celui-ci, en plus de nous ancrer temporellement ( via les célébrations calendaires ).
Je pense que les rites permettent donc aussi d'évaluer sa place par rapport au monde ( humain, et divin ). Les rites domestiques, souvent individuels peuvent aussi présenter cet aspect cadrant ( je pense aux liens avec les ancêtres, etc...).
Quel type de groupes as-tu fréquenté ?
Je pense que pour beaucoup ici ( c'est plutôt intuitif, plutôt un sentiment du aux diverses discussions entre nous ), l'implication dans le groupe est importante ( nous laissons évidemment aux personnes la liberté de choisir le degré d'implication qu'il leur convient, car chacun a ses contraintes, professionnelles, domestiques, etc...), d'autant que nous avons un fonctionnement ( pour le groupe sud-est ) assez horizontal et "participatif" - ce qui permet aussi de se répartir les rôles, tâches, etc...On pourrait dire que c'est une forme de confort apporté aux autres. C'est assez idéaliste, mais nous essayons de faire au mieux d'autant plus que nous sommes assez dispersés géographiquement ! Nous tentons aussi de plus de mettre l'accent sur l'aspect "IRL".
Je te rejoins sur l'ancrage dans la société, et le fait de partager des valeurs païennes...Mais en effet ce n'est pas toujours évident !...
Il y a un truc aussi, c'est que pour beaucoup d'entre nous, l'entrée dans ces milieux s'est faite de manière individuelle, c'est quelque chose qui reste compliqué à partager avec le commun des mortels, notamment avec sa famille ( difficile de "sortir du placard" ! ) ; d'où deux possibilités, soit continuer à faire sa popotte dans son coin, soit rejoindre une asso/un groupe.
Quand j'écrivais "cadrant" au sujet des rites dans mes réponses précédentes, je suggérais aussi que ces moments permettent de raviver non seulement notre lien ( en tant qu'individu et/ou en tant que groupe ) avec le sacré/divin et le monde, mais aussi ( comme je le disais plus bas ) à raffermir et réactualiser les liens entre les membres de celui-ci, en plus de nous ancrer temporellement ( via les célébrations calendaires ).
Je pense que les rites permettent donc aussi d'évaluer sa place par rapport au monde ( humain, et divin ). Les rites domestiques, souvent individuels peuvent aussi présenter cet aspect cadrant ( je pense aux liens avec les ancêtres, etc...).
Quel type de groupes as-tu fréquenté ?
Je pense que pour beaucoup ici ( c'est plutôt intuitif, plutôt un sentiment du aux diverses discussions entre nous ), l'implication dans le groupe est importante ( nous laissons évidemment aux personnes la liberté de choisir le degré d'implication qu'il leur convient, car chacun a ses contraintes, professionnelles, domestiques, etc...), d'autant que nous avons un fonctionnement ( pour le groupe sud-est ) assez horizontal et "participatif" - ce qui permet aussi de se répartir les rôles, tâches, etc...On pourrait dire que c'est une forme de confort apporté aux autres. C'est assez idéaliste, mais nous essayons de faire au mieux d'autant plus que nous sommes assez dispersés géographiquement ! Nous tentons aussi de plus de mettre l'accent sur l'aspect "IRL".
Je te rejoins sur l'ancrage dans la société, et le fait de partager des valeurs païennes...Mais en effet ce n'est pas toujours évident !...
- Ašasraoša Kadagaeθya
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Re: Paradoxe : paganisme / société ?
Tu as raison, beaucoup entrent dans cette religion de façon individuelle, en effet.. Cela a surement un impact sur la façon dont chacun doit ou peux ensuite pratiquer la religion. Pourtant, je pense qu'il est possible de vivre son paganisme même sans un cadre païen autour de nous. Par exemple, un chrétien n'aura aucun souci pour vivre son christianisme même s'il est marié à une athée. Je pense que c'est pareil pour les païens mais le plus dure est de "savoir comment s'y prendre". Des gestes quotidiens, des purifications quotidiennes par exemple, des salutations aux husvaettir etc... Les "groupes" nous permettent de célébrer les grandes fêtes de façon collectif et c'est aussi très important mais le paganisme peut (et devrait) être présent à partir du moment où l'on se réveille le matin, jusqu'au moment où l'on s'endort le soir. Il est dans nos habitudes, notre façon de voir, nos coutumes, la façon dont nous parlons et communiquons avec autrui... Donc au final, il y a peut-être moyen qu'il s'intègre incognito à la société ^^ Après tout, la société nous donne un cadre assez large dans lequel on peut tracer une multitude de chemins tous plus différents les uns que les autres. Y a peut-être une chance d'y frayer du paganisme sans que le grand seigneur du consumérisme et du matérialisme ne nous repère ^^
J'ai fait parti d'un grand nombre d'associations (asatru et non-asatru). Je sais à quel point les liens peuvent être forts. Si forts, qu'ils nous donnent l'illusion d'avoir trouvé une famille, une communauté soudée et inébranlable. Mais ce ne sont que des illusions.
Je fais partie d'une nouvelle association Asatru depuis un an. Cela permet de pratiquer des rites en commun et surtout de partager des connaissances avec autrui. Je pense que c'est nécessaire pour la pratique de notre paganisme, mais ce n'est qu'une infime partie de notre religion au final. Car il y a 365 jours dans l'année solaire. Si nous nous réunissons au mieux 10 jours dans l'année pour célébrer ensemble, il nous reste 355 jours livré à nous-même dans la "vraie vie", le monde du travail, la vie de famille, la société... Et c'est là que tout se joue. C'est là que le plus dure est à faire : vivre notre paganisme et transmettre ses valeurs.
J'ai fait parti d'un grand nombre d'associations (asatru et non-asatru). Je sais à quel point les liens peuvent être forts. Si forts, qu'ils nous donnent l'illusion d'avoir trouvé une famille, une communauté soudée et inébranlable. Mais ce ne sont que des illusions.
Je fais partie d'une nouvelle association Asatru depuis un an. Cela permet de pratiquer des rites en commun et surtout de partager des connaissances avec autrui. Je pense que c'est nécessaire pour la pratique de notre paganisme, mais ce n'est qu'une infime partie de notre religion au final. Car il y a 365 jours dans l'année solaire. Si nous nous réunissons au mieux 10 jours dans l'année pour célébrer ensemble, il nous reste 355 jours livré à nous-même dans la "vraie vie", le monde du travail, la vie de famille, la société... Et c'est là que tout se joue. C'est là que le plus dure est à faire : vivre notre paganisme et transmettre ses valeurs.
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Silencieux du Nord
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Re: Paradoxe : paganisme / société ?
L'Asatru et la Religion d'Odin peut et doit etre non seulement individuelle MAIS aussi collective, pratiquée dans une association, voire dans un mouvement spirituel. Pourquoi la France n'a pas de tel?
- Widukind23
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Re: Paradoxe : paganisme / société ?
Qu'est-ce que tu entends par "mouvement spirituel" ? "Pas de tel" ?Silencieux du Nord a écrit : ↑19 janv. 2026 11:19 L'Asatru et la Religion d'Odin peut et doit etre non seulement individuelle MAIS aussi collective, pratiquée dans une association, voire dans un mouvement spirituel. Pourquoi la France n'a pas de tel?