Tu es dans le radicalisme.
Tu ne comprends pas ou ne veux pas comprendre, et tout d'abord cela m'a fait l'effet d'une mauvaise foi, à tout le moins d'une dénégation.
Or je comprends que c'est un sujet important pour toi, qui a partiellement une ascendance et une identité bretonne.
De même, tu es un érudit qui, tout en critiquant les universitaires, ressort néanmoins de leur domaine (1).
Ce que je veux dire à travers cela, c'est que, eut égard aux groupes reconstructionnistes auxquels tu fais référence (2), et comme je le disais, il y a de l'impatience.
Sûrement, parfois, aussi, certainement : du dédain.
Dédain plus ou moins justifié en synchronie comparative, quand on superpose les calques des groupements, avec les calques des savoirs méthodiques (3).
Mais il y a la diachronie.
D'abord, le druidisme émerge à l'âge classique, après la Renaissance des humanités gréco-romaines dans le christianisme.
On n'est pas encore à l'historiologie de Camille Jullian (4), mais on ravive les druides au prisme de ces humanités, avec les défauts de son temps (5).
Le premier radicalisme, est de ne pas (vouloir) comprendre/malverser/dénier/dédaigner cette racine.
Combien de temps faudra-t-il aux sociétés occidentales, pour atteindre leur degré d'exigence épistémique actuel ?
Pour le tout-public, on peut dire que ça date du covid et de la cacophonie biomédicale dont il fit l'objet - pour un résultat particulièrement médiocre, voire nul, en dehors de la mode du
fact-checking qui vaut ce qu'elle vaut.
Il a fallu attendre ces dernières années, pour voir une thèse telle que celle de Grégory Moigne apparaître.
Dans les années 90, où en étaient, par exemple, les groupes danisants ? Largement à l'odinisme politique, et quand on évoquait la figure du Dane, c'est immanquablement à un terroriste suédois isolé d'extrême-droite que l'on pensait (6).
Le danisme modéré n'a pignon sur rue que depuis l'an 2000, comme le reste, assez logiquement depuis l'avènement des réseaux : c'est leur bienfait.
De même, pour le druidisme, sinon que le druidisme n'a pas la stigmate politique du danisme, et qu'il évolua folkloriquement dans les mondes celtophones actuels, avant de s'épanouir ailleurs (aux USA, puisque tu les évoques) exactement comme le danisme de tous les bords politiques.
Ainsi, nous n'en sommes, aujourd'hui, qu'aux prémices du renouveau, et il faudrait être radical contre le druidisme ?
L'improbité, malgré sa raisonnabilité, est grande - et irrationnelle.
Sans doute, il est bon d'humilier et de conspuer ceux qui, dans le druidisme, osent toujours s'appeler druides dans ces conditions, mais c'est aussi grâce à cela que des CCC et des CDA émergent.
Et ce n'est que le début, puisque le reconstructionnisme fait son chemin.
Mais d'adopter la posture sociologique, d'un fruit épistémique de cette époque, largement diplômé, universitaire, voire urbain d'esprit en conséquence (7), c'est, selon le dicton,
"l'hopital qui se moque de la charité".
Du radicalisme, toujours.
D'autant plus que
les triades bardiques sont relativement réhabilitées, il faut s'y pencher.
Mais cette posture sociologique, inconsciente normalement, fait que des formés érudits ont une hostilité de classe envers le druidisme, d'autant plus quand on observe sa propre sociologie de classe (au druidisme) entre ruralité (sans néoruralité), régionalisme (y compris breton) et tout-venant environnementaliste (surtout quand son écologie n'est que d'urbanité irréaliste) sans parler des nationalistes tels que Oleg de Normandie et le Penseur d'Odin qui sont fourre-tout, et qui font passer des Eikthyrnir Odinson pour des illuminés alors qu'il n'est pas sans justification.
Il y a naturellement, aussi, le sectarisme autorisé des USA, mais qui est, répétons-le, un problème pour tous les polythéismes.
Dans un autre genre culturaliste, il y a Panoramix.
Et il y a un élément fondamental, particulièrement révoltant devant ton radicalisme, d'autant plus que c'est incohérent avec ton orientation orthopraxique.
Nous ne sommes pas dans les consciences des druidistes (regroupant pêle-mêle : les druides néotraditionnels, les druides autoproclamés, et les amateurs celtisants).
L'embrayeur celtique est largement diffusé, d'autant plus avec le succès médiatique du folklore breton, ce qui ne saurait déplaire à personne puisque la réémergence du druidisme a sa forme de tradition, depuis le monde celtique contemporain ou ce qu'il en reste.
Que l'orthopraxie manque, c'est évident.
Mais que l'élévation spirituelle soit absente, c'est quelque chose qu'il serait radical, et même ignominieux, de répéter, d'autant plus quand on pratique le comparatisme indo-européen avec les brahmanes.
Il y a une quête d'illumination, certes publiquement silencieuse, parce que le public ne comprend de toutes façons pas.
L'anti-autoritarisme vulgaire, est aussi un facteur trouble, puisqu'il oblige les druides à louvoyer avec leurs contemporains, louvoiement qui n'est pas un défaut, au contraire.
Ce n'est pas un danisant qui le reprochera (8).
In fine, tout ce qu'il est de dire, c'est que, de nos jours, "tout conspire".
A l'heure actuelle, il devient honteux, toujours plus honteux, pour un druide moderne, de n'avoir pas lu les textes connus.
Ce n'est qu'un début (9).
Or, à ce titre, répéter les diagnostics sur certains états de faits pour cingler, dans une démarche de projet reconstructionniste comptant doubler le druidisme sans le réorienter, est intrinsèquement belliqueux (d'aucuns auraient dit
crépusculaire).
Cela fait partie de l'état de fait.
Héraclite disait que la Guerre est Mère du Devenir, la belligérance, comme je le disais, n'est pas dénuée d'intérêt, quand on prend de la hauteur ("tout conspire").
Mais, comme disait Hegel - et même la France :
thèse, antithèse, synthèse.
Voilà ce qui fonde parfaitement ma comparaison avec
un pamphlet contre Yves Kodratoff, rédigé par un des membres de LEY.
Ton radicalisme t'empêche juste de l'admettre.
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(1) Moi aussi. La critique des universitaires est fondée, pour tout un tas de raisons, épistémiques et sociopolitiques, mais aussi culturelles. Dans le domaine culturel, disons simplement que la France est un pays d'idéateurs, dans l'idéation, et s'imagine pouvoir maîtriser ainsi, ce qui s'appelle idéaliste.
(2) Pour notre gouverne à tous, peux-tu les mentionner s'il te plaît ?
(3) Que l'université a contribué à produire.
(4) C'est-à-dire à une historiologie dont découle la mentalité IIIème République et Astérix.
(5) On croyait encore que le monde avait bibliquement 4-5 mille ans, du moins en public, et l'on pouvait bien encore croire, selon le
Lebor Gabala Erenn, que les Gaëls descendent de Noé, en l'absence de méthodes de recherche, que les Camille Jullian élaboreraient.
(6) Avec le terrorisme anarchiste d'extrême-gauche d'Unabomber, les deux faisaient la paire.
(7) J'allais dire, avec le géographe Christophe Guilluy,
métropolisé, citadellisé.
(8) Quand, évidemment, il n'est qu'au service de la défense spirituelle.
(9) Et que dire du développement du druidisme, dans le monde francophone, lui qui s'identifia historiquement aux Gréco-Romains ? On ne peut pas tout à fait reprocher sans scrupule, même à un universitaire qui devrait certes être scrupuleux, aux Francophones de mal maîtriser les langues celtiques contemporaines... en dehors des Bretons.
EDIT: je renvoie, en outre, vers
cet article, ainsi que
ses commentaires à farfouiller quelque peu.