A propos de la méthode reconstructionniste
Publié : 14 juil. 2023 19:55
Une interview de Jean-Claude Golvin (CNRS) sur le site de l'INRAP, au sujet de ses travaux de "restitution" des villes gallo-romaines (il essaye de les dessiner au plus près de ce qu'elles étaient) : https://www.inrap.fr/voyage-en-gaule-antique-avec-jean-claude-golvin-la-station-de-metro-montparnasse-17344
Sa démarche est assez similaire à celle de la méthode reconstructionniste dans le domaine des religions païennes :
Extraits :
"Jean-Caude Golvin : Un modèle théorique est une synthèse de toutes les connaissances à disposition (les indices archéologiques variés, les textes anciens, les exemples parallèles,…), qui permet à la fois de poser les éléments connus et de formuler des hypothèses argumentées pour « combler » tout ce qui est manquant. Comme tout travail, le modèle théorique est évolutif, peut faire l’objet de corrections au fur et à mesure de l’évolution des recherches et des découvertes. Il doit être validé par les chercheurs qui en acceptent les hypothèses.
INRAP : Comment procédez-vous puisque l’image ne peut être complète ?
Jean-Claude Golvin : Prenons le cas d’une ville romaine. On n’en connaît certes qu’une faible partie, mais tout ce qui manque est un vide qui n’est pas vide, comme on dirait dans la pensée chinoise. Je peux ne pas le laisser vide. Si je ne propose rien, je suis dans l’erreur totale, absolue, puisqu’il n’y a rien. Si je fais quelque chose, j’augmente mes chances. J’accepte le risque de me tromper car rien ne sera aussi erroné que le vide. L’honnêteté intellectuelle, c’est d’oser une hypothèse. On ne prétend pas avoir tout résolu mais on s’approche et on affine au fil de l’évolution des connaissances.
INRAP : Vous faites donc aussi du remplissage ?
Jean-Claude Golvin : On se sert des connaissances que nous avons par ailleurs pour en déduire des règles récurrentes, des principes structurants : les belles maisons sont dans le centre de la ville, dans les quartiers plus périphériques les maisons sont plus petites, il y a de l’artisanat, des ateliers, l’arrivée du castellum, de l’aqueduc, les thermes, etc. On peut ainsi proposer une formule générale et théorique de représentation du tissu urbain. Prenons le Paris de Haussmann. Avec une dizaine d’immeubles haussmanniens on peut écrire les règles de l’architecture d’Haussmann. Ce n’est pas une moulinette, ce sont des principes. Il faut que l’arbre ait ses feuilles, parce que sinon, il ne ressemble à rien."
En gros, il se base sur les sources archéologiques et les sources écrites, et sur les exemples connus les plus proches, de manière à proposer quelque chose plutôt que du vide quand ce n'est pas documenté dans les sources. Tout comme on fait usage de l'archéologie, des textes, et du comparatisme indo-européen. En effet, il vaut mieux proposer quelque chose que rien (sur les paroles rituelles, les gestes rituels, le culte domestique, etc). Et on se reporte donc aux autres religions les plus proches.
Sa démarche est assez similaire à celle de la méthode reconstructionniste dans le domaine des religions païennes :
Extraits :
"Jean-Caude Golvin : Un modèle théorique est une synthèse de toutes les connaissances à disposition (les indices archéologiques variés, les textes anciens, les exemples parallèles,…), qui permet à la fois de poser les éléments connus et de formuler des hypothèses argumentées pour « combler » tout ce qui est manquant. Comme tout travail, le modèle théorique est évolutif, peut faire l’objet de corrections au fur et à mesure de l’évolution des recherches et des découvertes. Il doit être validé par les chercheurs qui en acceptent les hypothèses.
INRAP : Comment procédez-vous puisque l’image ne peut être complète ?
Jean-Claude Golvin : Prenons le cas d’une ville romaine. On n’en connaît certes qu’une faible partie, mais tout ce qui manque est un vide qui n’est pas vide, comme on dirait dans la pensée chinoise. Je peux ne pas le laisser vide. Si je ne propose rien, je suis dans l’erreur totale, absolue, puisqu’il n’y a rien. Si je fais quelque chose, j’augmente mes chances. J’accepte le risque de me tromper car rien ne sera aussi erroné que le vide. L’honnêteté intellectuelle, c’est d’oser une hypothèse. On ne prétend pas avoir tout résolu mais on s’approche et on affine au fil de l’évolution des connaissances.
INRAP : Vous faites donc aussi du remplissage ?
Jean-Claude Golvin : On se sert des connaissances que nous avons par ailleurs pour en déduire des règles récurrentes, des principes structurants : les belles maisons sont dans le centre de la ville, dans les quartiers plus périphériques les maisons sont plus petites, il y a de l’artisanat, des ateliers, l’arrivée du castellum, de l’aqueduc, les thermes, etc. On peut ainsi proposer une formule générale et théorique de représentation du tissu urbain. Prenons le Paris de Haussmann. Avec une dizaine d’immeubles haussmanniens on peut écrire les règles de l’architecture d’Haussmann. Ce n’est pas une moulinette, ce sont des principes. Il faut que l’arbre ait ses feuilles, parce que sinon, il ne ressemble à rien."
En gros, il se base sur les sources archéologiques et les sources écrites, et sur les exemples connus les plus proches, de manière à proposer quelque chose plutôt que du vide quand ce n'est pas documenté dans les sources. Tout comme on fait usage de l'archéologie, des textes, et du comparatisme indo-européen. En effet, il vaut mieux proposer quelque chose que rien (sur les paroles rituelles, les gestes rituels, le culte domestique, etc). Et on se reporte donc aux autres religions les plus proches.